DES ENFOIRÉS D’ÉCOLOS ?

L’expression a – tristement – de l’écho ces derniers temps à La Réunion, à travers, notamment, la crise requin. Faute de vouloir réellement m’en vexée, et sans pour autant justifier les insultes… Je partage néanmoins la lassitude vis à vis d’une certaine écologie militante, et j’adhère à cet énième avertissement…

À la lecture, des dents vont – peut-être – grincer. Donc autant que le contexte d’écriture soit posé : j’écris cet article en pensant à ceux qui souffrent de cette crise requin, mais aussi en pensant aux écologistes qui m’accompagnent dans ce ras-le-bol vis-à-vis de l’extrémisme. J’y ai pensé pendant longtemps, ne sachant comment aborder cette position quasiment schizophrène, étant moi-même étiquetée du bord « écolo ». Avant de partager ces simples pensées avec vous je les ai partagées avec eux, amis écologistes, universitaires, scientifiques ou simples contacts interrogés sur le sujet, au grès de quelques livres critiques mais plein d’envies pour une écologie plus constructive, et moins assommante de culpabilisation. Parmi ces écologistes, ces scientifiques, nombreux sont ceux qui ont souhaité rester anonymes. Ce n’est pas une surprise, et je les remercie pour leur confiance.

J’ai été décrite par certains groupes écolos comme étant « la caution écologiste des surfeurs voulant un massacre de requins à La Réunion », comme ayant « retourné ma veste », etc…
À ceux-la qui d’office me placeraient du côté obscur de la force (quels que soient leurs bords respectifs), je dédie ici ces quelques lignes pêchées dans un article intitulé « Climat, science, expertise et décision » de l’AFIS.
 » Il est intéressant de noter que bien souvent, dans le débat politique, certains traitent les « dissidents » dans un domaine de « négationnistes au service d’intérêts occultes »… Tout en présentant les dissidents des autres domaines comme de courageux lanceurs d’alertes engagés dans une juste bataille contre d’autres intérêts occultes » ! Leur critère est bien souvent idéologique, avec bien souvent comme point commun une condamnation des actions de l’Homme présentées comme nuisibles car s’opposant à la Nature ».

Contexte ?

Parlons de ce qui nous regarde – et malheureusement encore une fois – : de la crise requin qui persiste depuis plus de 3 ans. Elle a commencé lorsque l’état s’est refusé à entendre les alertes lancées par les usagers quant à la présence de requins dangereux près des côtes réunionnaises, en 2011.
Mais ce n’est pas tout. Des gens désignés « écolos » ont insulté la communauté des surfeurs de l’île, définissant ces derniers comme des égoïstes voulant massacrer des requins afin de pouvoir jouer dans les vagues en toute sécurité – et les traitant de « connards » via une campagne web, en période d’un deuil touchant la communauté surf réunionnaise. Depuis, les colères et clivages n’ont de cesse de s’aggraver. De nombreux mensonges édictés par la communauté écologiste française, en particulier métropolitaine, ont mis le feu au débat local.

Écolos contre surfeurs : une perception réductrice tant les deux « camps » sont riches en nuances.

Pour faire court, la perception qui en a résulté est la suivante : les écolos et les scientifiques donneraient des arguments à l’État, permettant à ce dernier de ne pas gérer ce risque. La crise requin s’est nourrie de ces blocages : la recherche de coupables lui a emboité le pas, en toute logique. Les écolos et les scientifiques, désignés en première ligne des responsables du piétinement de la situation, l’ont-ils été à tord ou à raison ?

La crise requin, c’est le ver dans le fruit de la problématique des attaques qu’il faut résoudre. C’est elle qui ajoute des nœuds à chaque corde décisionnelle, qui pourrit le relationnel, sabote les possibilités d’échanges des savoirs, voir de leur émergence, et fait le jeu des politiques à l’occasion. Elle se nourrit des réseaux sociaux, grandit dans certains médias et sur certains plateaux TV, sans parler des documentaires à venir. La crise requin c’est la triste « victoire » du militantisme virtuel et de l’imagerie contre les besoins d’un terrain en prise avec le réel. C’est aussi la « victoire » de l’écologie idéologique contre les principes de base de la science.

Humainement, cette crise stigmatise, rabaisse à des comportements égocentriques stériles et destructeurs. Elle désinforme, querelles de chapelles à l’appui.

Les portes-paroles ont pourtant la possibilité de se méfier un peu plus de ce que leurs attitudes sur le web et dans les médias génèrent : 200 likes sur Facebook n’empêchent aucun requin d’être pêché, et inversement, n’aident aucun projet à avancer. Cesser de désinformer et d’encourager la haine ne serait pas un mal, c’est une certitude. Mais bon… Pourquoi se refuser le luxe de la notoriété lorsque l’on dispose d’un buzz gratuit pour l’alimenter…

Écologie contre massacreur de requins, donc. Où est le problème ?

Le problème ? À La Réunion, il n’y a pas de massacreurs de requins. Lorsqu’on le sait et que l’on tente d’évoluer entre ces deux « camps », on réalise une triste chose : l’écologie a merdé par là-bas. Je n’ai jamais croisé autant d’amoureux de la mer engagés pour sa protection, et paradoxalement, jamais entendu de leur part autant de déceptions, de haines, mais le pire : d’incompréhensions face aux discours des représentants de « l’écologie ».
« Pourquoi mentent-ils sur la situation alors qu’ils ne sont même pas sur place ? », « Quel intérêt ont-ils à nous insulter ? », « Pourquoi ne nous aident-ils pas sur les graves problèmes d’environnement ? ». Questions auxquelles j’aimerais bien avoir des réponses moi aussi.
Il ne s’agit pas d’une « trentaine de personnes extrémistes et excitées » qui influencent les autres à l’occasion. Ceci est un argument très utilisé mais faux. Il s’agit de centaines de personnes. Des personnes entretenant un lien fort avec la mer.

Les personnes dont je parle sont des citoyens n’ayant rien à gagner si ce n’est le droit d’avoir leur mot à dire sur un sujet qui les impacte dans leur milieu. Ils ne sont pas forcément d’accords en tout point avec moi, avec d’autres, ou entre eux. Mais ils ont de commun l’amour de la mer, la connaissance du milieu marin, bien souvent un historique d’engagement pour sa protection, et cette déception vis-à-vis de ce qu’on appelle à tort et à travers « l’écologie ».

Rappelons les richesses sociales et économiques générées par ce lien fort avec la mer. Ce lien fort avec la mer est générateur de l’éducation à sa protection… Or TOUS les courants de pensée écologistes placent l’éducation comme pierre angulaire du monde durable de demain.

Les « valeurs » citoyennes et les savoirs scientifiques de l’écologie sont transmis aux enfants à travers l’amour de la mer et le quotidien qu’il engendre – que ce soit via les parents, les écoles et clubs de sports nautiques, les sorties scolaires, les associations pour la réinsertion professionnelle, ou les clubs handisports. Maintenant, ici, l’amour de la mer est toujours transmis, mais il devient semble-t-il synonyme de peur, d’interdiction et de défiance face à une injustice dont les « écolos » sont bien souvent jugés responsables au même titre que les élus.

Qui sont ces « enfoirés d’écolos » ?

Voici les reproches qui leur sont faits.
Pour leur « majorité médiatique », ils ne sont pas sur place, ni à La Réunion, ni dans les réunions de gestion du risque requin (CO4R). Peut-être se décideront-ils à y participer un jour ? Nous sommes en Avril 2014. Il serait temps pour eux de sortir du bois, de s’exprimer ailleurs que sur le web.
Ils sont ceux qui alimentent un discours idéologique autour de la problématique requin, opposant des pressions médiatiques aux décisions et vociférant contre les projets de sécurisation en cours (qu’ils impliquent de la pêche ou non) et leurs acteurs, souvent sans les avoir lu ni compris. Dénigrés et accusés en permanence par ces « écolos », les acteurs de terrain sont pourtant représentatifs du nautisme et des sensibilités écologiques de l’île : Ligue de Surf, Fédération de Plongée, associations d’usagers de la mer, Comité des pêches et Réserve Marine. Ils sont pleinement légitimes, et ont pleinement leur place dans le débat, quelles que soient leurs positions.

Ces « écolos » seraient donc des personnalités bien placées, médiatiques… et absents.
Ces « écolos » font le buzz du moment, sans laisser la parole aux autres : la censure est quotidienne sur leurs pages Facebook, et le refus d’échanger à travers les rencontres organisées ou sur des plateformes plus privées est systématique.
Ces « écolos » ne répondent pas aux attentes des Réunionnais sur les grands problèmes écologiques (voir cet article par exemple). On ne les trouve que dans les polémiques.
Alors qu’il y a tant de raisons dramatiques d’évoquer les requins dans la sphère écologique (CF les menaces pesant sur leurs populations !!), ces porte-drapeaux ont réussi à associer dans l’esprit des Français le mot « requin » au… surf sur l’île de La Réunion !

Quelle en a été l’une des conséquence ? Aujourd’hui, l’intervention d’une ONG comme Sea Shepherd (mais elle n’est pas seule dans son collectif) n’a sauvé strictement aucun requin. Bien au contraire. Cet argumentaire « pro-requin » aveugle – et souvent inexact quoi que très populaire car bénéficiant d’un relais web et médiatique intense au niveau national voir international – n’aura eu qu’un seul effet au niveau local : l’émergence d’une volonté décuplée et organisée de légitimer la pêche au requin et de délégitimer l’écrasante majorité des ONG revendiquant leur protection.
Cela ne signifie pas que les réunionnais soient opposés à l’animal ou souhaitent le voir disparaitre. Cela signifie simplement que le discours extrémiste de la protection des espèces contre l’humain a fait long feu. Il ne faudrait pas faire l’erreur de penser que les détracteurs des écolos manquent d’arguments. À force de raconter tout et n’importe quoi sans preuves, les ONG ont beaucoup de travail à rattraper pour répondre aux accusations. Elles ont pour l’instant fait le choix de censurer ou de décrédibiliser leurs détracteurs.

Quant aux médias, les accuser est trop facile ! Après tout, lorsqu’un journaliste appelle pour demander un avis sur les pêches de sécurisation (question posée systématiquement), pourquoi ne pas simplement l’informer que ces pêches – qui aussi vexantes soient-elles, restent anecdotiques – sont la fougère qui cache la jungle, que chaque année les Français consomment plusieurs tonnes de requins, que la France est dans le circuit consumériste qui mène à la surpêche des requins partout dans le monde, au finning, à l’usage de leur squalène et de leur cartilage… que la science n’a pas les moyens d’élargir la recherche sur le rôle que les requins jouent dans NOS écosystèmes, que l’halieutique a besoin de nouvelles recrues, tandis que le poste de recherche sur les requins du Museum d’Histoire Naturelle actuellement occupé par M. Seret va éventuellement et simplement disparaître ! Que les journalistes ne fassent pas toujours un travail objectif et néglige toute enquête en répondant à un cahier des charges prédéfini ne change rien aux informations que NOUS choisissons de leur transmettre.

S’il faut absolument parler de la crise requin dans les médias : parlons un peu plus de toutes les solutions positives, innovations, améliorations apportées aux dispositifs, concertations, mobilisations citoyennes du monde de la mer ! Allez chercher à l’étranger : vous ne trouverez pas d’équivalent.

Les vigies sous-marines sont une première, la surveillance vidéo est une première, Cap Requin est le premier dispositif de capture sélectif testé avec des smart-drumlines (balise alimentée avec de petits panneaux solaires) et un objectif de relâche systématique des prises accessoires, Cap Requin utilise le réseau de stations d’écoutes de l’IRD car ses opérateurs continuent des marquages. On n’a jamais eu autant d’attention portée sur les requins de La Réunion : le Comité des Pêches et l’association PRR parlent de la protection des requins de récif depuis un an maintenant. Rejoins par Squal’idées et Shark Citizen pour essayer de les équiper de balises eux aussi, ces requins font l’objet d’une motion les protégeant de tout type de pêche dans les eaux réunionnaises. La base de données du CROSS accumule les signalements. Les plongeurs se sont manifestés pour participer à certains dispositifs de sécurisation et des free surfeurs assurent leur propre sécu en attendant mieux (Mouvement Démocratique pour la Réappropriation). Les premiers tests de barrières électromagnétiques,  si elles n’étaient pas si chères, pourraient avoir lieu non pas en Australie, non pas en Afrique du Sud, mais à LA RÉUNION. De nombreux projets innovants pour la sécurisation mais aussi pour la transmission de l’information sont en cours d’études.
Et tout ça, sans parler de l’incroyable expérience des pécheurs et des chasseurs sous-marins, eux aussi victimes d’attaques permanente de l’écologie : une expérience empirique formidable, stigmatisée mais pas entendue. Et tout ceci sans parler des particuliers et associations qui se mobilisent pour dénoncer les pollutions marines, (signer la pétition) qui harcèlent les communautés de communes pour avoir des explications lors de ces épisodes de pollution, qui sortent les dossiers quant aux errements de certaines entreprises, ONG, ou communes.

Tout est à améliorer, à optimiser, et les conflits internes sont légions, destructeurs, mais les initiatives d’unification des forces leur répondent. Les « écolos » mentionnés plus haut n’ont pas levé le petit doigt pour qu’un quart de tout ceci ne se produise. Mais sont-ils si écolos…

Tout ce buzz médiatique aurait pu servir à informer sur les sujets dramatiques qui touchent les requins en France. Pourtant les médias nationaux en parlent bien moins que des quelques requins tigres et bouledogues pêchés, et pour cause : ils trouvent facilement les interlocuteurs connus et nécessaires en métropole pour alimenter la polémique.

Et la science ? La réinterprétation abusive des propos scientifiques a le vent en poupe pour justifier d’argumentaires militants à la dérive.
Nous arrivons au point où l’étude sur les ciguatoxines, métaux lourds, et autres polluants toxiques potentiellement contenus dans la chair des requins est déclarée INUTILE par les militants écologistes. Selon eux, cette étude sert de cache-misère aux politiques pour prélever des requins. Soit ! Enfin une assertion pouvant faire consensus ! Mas par pitié, militez donc pour qu’elle ai lieu avec le nombre d’échantillons nécessaires, sur différentes stations de l’océan Indien : aidez ces recherches il y a urgence ! Lire « Une autre manière de voir la ciguatera« .
En effet, les phénomènes d’explosions algales producteurs de toxines sont favorisés par le réchauffement des océans en milieux récifaux. L’océan nourrit un tiers de la population et en fait vivre plus de 520 millions grâce aux revenus de la pêche et de ses activités connexes partout dans le monde. Alors la France, deuxième puissance marine mondiale, aurait tout intérêt à se doter d’un solide corpus de recherches autour des intoxications liées à ces toxines marines. On ne connaît toujours pas avec certitude les causes des décès des voisins malgaches ayant mangé du requin ces dernières années, et on voudrait bloquer une étude sur ces toxines dans l’océan Indien ? Humanisme, quand tu nous tiens….

Les postes de recherche, les laboratoires et les institutions en charge d’étudier la biodiversité sont sur la mauvaise pente en France. Pourquoi ne pas les aider, pourquoi ne pas plus en parler ? Pourquoi pas, après tout, allez j’ose : militer dans le bon sens.

Les amis du milieu marin réunionnais ne sont donc pas ceux qui courent les plateaux télé métropolitains armés de raccourcis, d’amalgames et de storytelling affutés pour dézinguer les projets locaux (si encore ils soutenaient les projets faisant consensus !). Ce ne sont pas non plus ceux qui produisent des films à charge en lieu et place de véritables enquêtes, dans un mépris conscient ou non de l’espace-temps nécessaire à l’appréhension d’un sujet si complexe.

Éloge de l’écologie.

Écrasée sous les gros sabots du militantisme idéologique, une fois levé le voile de l’ignorance, c’est en fait une science géniale, placée au croisement des sciences humaines et des sciences de la nature. Vous me direz que je prêche pour ma paroisse… Mais combien de fois j’ai haï ce que l’extrémisme faisait de l’écologie, et combien de fois j’ai moi-même manqué de succomber à un extrémisme « anti-écolos ». Je remercie les gens qui me réconcilient chaque jour avec l’écologie, en intégrant à leurs réflexions la notion de justice humaine et sociale, et par là-même en me rappelant chaque jour sa véritable définition.

Littéralement, c’est la science de la « maison », de l’habitat, de notre chez nous la Terre. Elle est l’étude des interactions entre les être vivants dans leur milieu, humain compris. Ce sont les écologues qui sont détenteurs des savoirs issus de ce champs scientifique. La science accepte la remise en question perpétuelle, elle s’efforce d’être sans aprioris. Pour quiconque est curieux des questions d’écologie et de biodiversité sans langue de bois, je m’attache personnellement à la lecture des ouvrages, entre autres, de Christian Levêque et d’Amadou Diaw.

Qui dit sciences dit expertises scientifiques. Or, « l’expertise scientifique ne dit pas ce qu’il faut faire : elle dit ce qui est, ce qui n’est pas, et ce qui pourrait être dans le futur, et tout cela avec les incertitudes propres à l’état des connaissances au moment où elle s’exerce. C’est justement le rôle des agences environnementales que de dire l’état du consensus à un instant donné, pour éclairer les choix politiques à effectuer. » (Source : AFIS). Que peut-on en conclure ? L’écologie n’a pas à édicter de règles : elle fournit de l’information objective, du factuel, dès qu’elle le peut. Les décisions reviennent aux élus et aux citoyens à qui il revient d’intégrer les questions sociales, économiques et culturelles, comme dans tout processus démocratique.

On comprend mieux l’échec de gouvernance imputé à la Réserve Marine de La Réunion une fois que l’on sait ça : le comité scientifique a été présenté comme dominant le processus décisionnel : bien plus que le comité consultatif composé des communes et des représentants de la société civile. Pour en savoir plus sur les reproches émis par la société civile à l’égard de la Réserve Marine : « Réserve marine de La Réunion : reconnaissance du facteur humain« .

Quitte à faire grincer d’autres dents je vais aller plus loin : il suffit d’aller faire un tour dans les ouvrages de différents organismes de recherche scientifique ou de les interroger pour en être convaincu : nombre de chercheurs et les scientifiques en ont marre d’être pris en otage par des associatifs virulents qui les accusent de corruption dès lors qu’ils n’adoptent pas une ligne idéologique. Ils se désespèrent de ce fossé qui existe entre ce que la science révèle et ce que le public reçoit comme informations de la part des ONG.

L’écologie ne peut pas être un dogme. Il ne faut pas confondre la passion ressentie pour un sujet et la conviction illusoire d’avoir compris tous les tenants et aboutissants de ce même sujet. La première attitude est curieuse et créative ce qui lui permet d’avancer ; la deuxième est statique et entraîne bien des dérives.

Bref. L’écologie donne des clés permettant de faire avancer une société, pas d’ouvrir de nouvelles églises.

L’écologie on peut l’aimer pour tout ce qu’elle nous apprend de nouveau sur le lieu qui nous abrite et la logique avec laquelle nous l’habitons. Celle qui essaie de comprendre la relation vitale que l’humanité entretient avec la planète, ses autres habitants, le sol, l’eau et l’air qui les font vivre. Elle est profondément humaniste, pensée par et pour l’Homme. Elle s’intéresse autant à la biologie qu’aux sciences sociales, à l’Histoire, à la géographie, à la culture, à l’anthropologie, à l’économie… Bref, à toutes ces choses qui font que l’Homme a réussi à survivre sur une terre hostile sans avoir ni griffes ni dents acérées pour protéger et nourrir 70 kilos déplumés.

Elle ne prétend pas « assainir » le monde des ravages du parasite humain, contrairement à certains militants verts. Dans cette vision-là, il n’y a qu’un pas jusqu’à la haine, et celle-ci n’est pas le moteur adapté pour faire avancer le monde dans une bonne direction.

Les sciences écologiques partagent avec la médecine, les sciences humaines – et beaucoup d’autres – une lourde responsabilité : celle de nous apporter des pistes pour que chaque humain ait une place, une assiette, la santé et l’épanouissement physique et moral auquel il a droit sur sa planète, pour lui et ses descendants.

Lorsqu’elle ne remplit pas son rôle, c’est qu’une prise d’otages a eu lieu. Prise d’otages qui a déjà condamné des économies, des cultures, voire des populations, au nom d’une idéologie qui arrache à la science toute son objectivité.

Condamner vous dites ?

Il n’y a pas besoin de chercher loin pour pouvoir faire le procès des dérives idéologiques de l’écologie. Il n’y a pas qu’à La Réunion, et ce n’est pas nouveau.

En décembre dernier, Richard Roberts, lauréat du prix Nobel de médecine en 1993, dénonçait les campagnes des militants écologistes contre les OGM, en particulier contre le riz doré.

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Et le paludisme qui tue plus de 600 000 personnes chaque année…

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Quand je pense qu’on se plaît à dire haut et fort que les moustiques tuent plus que les requins dans certains milieux… L’ironie macabre de la chose est frappante.
Qu’importe que l’on soit d’accord ou pas avec ce qui est dénoncé ici : le véritable problème est qu’aujourd’hui en France, ce débat ne PEUT PAS avoir lieu.

On peut aussi parler un peu des dérives de type « instrumentalisation politique ».
Voir les articles « Territoires et droits de l’Homme » et « Parc marin des Chagos et droits humains« .

Conclusion : vivent les écolos lambda !

À La Réunion, les écolos ne sont pas forcément là où on les attend, mais heureusement, les écolos lambda sans étiquettes sont bien là, citoyens participant à la résolution de la crise requin. Pour beaucoup, ils ont remplacé leur carte d’adhésion aux ONG par un investissement quotidien sur cette problématique. Et qui vous a dit que leur engagement n’est pas antérieur aux ONG ? La simple logique commerciale de préservation de la ressource marine a déjà occasionné nombre d’initiatives de protection des espèces depuis le 19ème siècle à La Réunion.

À La Réunion, l’écologie française de métropole doit cesser de gesticuler si elle ne sait pas intégrer la diminution du risque requin à la restauration de l’environnement marin réunionnais. Ses représentants doivent travailler pour diminuer ce risque aux côtés des acteurs de terrain, car ils prennent en compte la place de la communauté des activités nautiques, ses spécificités, et les connaissances socio-économiques, éducationnelles, et écologiques qui y sont liées. Si cet engagement vaut aux associations locales, aux scientifiques ou aux universitaires de ne plus être considérés comme des « écologistes » par quelques extrémistes… Ainsi soit-il, ce n’est pas une fin en soit que de recevoir la médaille du mérite vert.

Ici les écolos ne sont pas forcément ceux qui refusent la pêche du moindre requin – qu’importe que l’idée leur plaise ou non – car ils veulent envisager tous les paramètres et ne se placent pas en juges. Ils écoutent les avis scientifiques et savent raison garder. Ils se mobilisent aux côtés des gens de la mer et des associations d’usagers pour traiter cette problématique, ne serait-ce que parce que c’est JUSTE et humain. Puis, aux côtés de ces mêmes associations, ils demandent le suivi et la protection des requins disparus des côtes comme les récifaux, demandent des comptes quand la gouvernance de Réserve Marine perd de sa splendeur et que la terre dégueule de la merde sur les coraux… Et pleins d’autres choses.

Cessons d’appeler « écologie » ce qui n’en est pas.Qui que nous soyons, quel que soit notre statut, ne laissons pas le jeu du marketing vert de masse alimenté par des discours idéologues bourrés d’inexactitudes saboter les issues de secours de la crise requin. Les actes faisant office de réponses, la réalité du terrain dévoile de toute façon imbécilités et malhonnêtetés au fur et à mesure. Si chacun est libre de son idéologie de vie, personne n’a le droit de l’imposer au mépris des faits.

Pour la passion de l’écologie, il est temps de s’émanciper des monopoles idéologiques qui sévissent au sein du tissu associatif écologiste.

©Illustration Damien Clavé

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