Parc Marin des Chagos et droits humains.

Nous en parlions dans un précédent article « Territoires et droits de l’Homme », revenons-y ensemble après un séjour à Maurice. J’ai eu l’occasion et l’honneur (vraiment) d’être reçue par Olivier Bancoult, leader du Chagos Refugees Group.

Je suis allée à sa rencontre pour qu’il me parle du litige qui oppose les chagossiens et le parc marin des Chagos, plus grande aire marine protégée au monde (AMP), instituée en 2010 par le gouvernement britannique.

Le texte qui suit s’adresse en particulier aux responsables écologistes français, aux journalistes de l’environnement, aux amoureux de la mer et de la nature, et à tous ceux qui pensent qu’écologie doit rimer avec justice humaine et sociale.
C’est un long texte, mais l’histoire est bien plus lourde. Résumer 40 ans de luttes et d’injustices, pour en arriver à poser la question de ce fameux parc marin, telle est ma démarche. J’espère que beaucoup d’entre vous le liront jusqu’au bout et relayeront cette histoire et les questionnements qu’elle soulève.

©Leloup

©Leloup

Replaçons le contexte.

Pour une compréhension complète sur le déroulé de ces évènements, lire « L’an prochain à Diego Garcia » de Jean Claude de l’Estrac.

QUOI.

De la fin des années 60 à l’année 1973, les anglais ont expulsé et déporté les chagossiens des iles qu’ils habitaient alors depuis plusieurs générations. Critiqué par la communauté internationale, le gouvernement britannique dissimula cette atteinte aux droits fondamentaux empreinte de racisme et de néocolonialisme en communiquant à propos des chagossiens comme étant de simples travailleurs sous contrat, qu’il avait « transféré » aux Seychelles et à Maurice. Le crime était facile : environs 1500 iliens loin de tout et sans réelle représentation politique.

POURQUOI.

Les anglais avaient besoin de ces iles qui étaient placées sous la souveraineté mauricienne pour les « louer » aux américains, pressés d’y installer une base militaire (qui ne disait pas son nom à l’époque, on lui préférait le terme de « station de communication »). Il achetèrent donc les Chagos aux Mauriciens en échange de leur indépendance, et créèrent le BIOT (Territoires Britanniques de l’Océan Indien).
Les mensonges à la communauté internationale, manipulations diplomatiques de la part des américains, chantages des britanniques aux mauriciens, résument en dessous de la réalité le processus qui permis aux deux puissances d’installer en pleine zone de paix qu’était censée être l’Océan Indien, une base militaire ayant le potentiel de surveiller cette partie du monde, depuis l’ile de Diego Garcia, et plus si affinités.
Pourquoi Diego Garcia ? Une autre ile fit d’abord scintiller les prunelles de la marine américaine : Aldabra. Mais le choix de cette dernière pour installer une base militaire provoqua un tollé dans le milieu écologiste : l’endroit abritait la zone de ponte de la plus grande colonie de tortues marines géantes et rares. A Diego Garcia en revanche, il n’y avait que des hommes, des femmes et des enfants, créoles qui plus est. Leur expulsion dérangeait moins de monde que le tort causé aux tortues d’Aldabra.
L’archipel des Chagos est composé d’une soixantaine d’iles, et trois en particulier étaient habitées des chagossiens : Diego Garcia, Peros Banhos et Salomon. Il fallait, pour la tranquillité et la sécurité de la base militaire, que l’ensemble des iles soit évacué.

COMMENT.

Pour en expulser les habitants, ils ont d’abord interdit le retour sur les iles aux chagossiens en séjour sur les iles Maurices ou Seychelles. Ces derniers se retrouvaient bloqués à Port Louis, sans leurs familles, et sans leurs biens, devant un guichetier leur annonçant que leur ile avait été vendue. Puis le gouvernement britannique stoppa les approvisionnements des îles en nourriture, médicaments, pour finalement rapatrier médecins et instituteurs. Cela s’appelle un embargo. Et ils ont fermé les cocoteraies où la majorité travaillait. En 71, le jour où les habitants de Diego Garcia ont été expulsés, tous leurs chiens ont été rassemblés dans un bâtiment et gazés au pot d’échappement des jeeps militaires sous les yeux horrifiés de leurs propriétaires. Les iliens furent forcés à embarquer dans un bateau qu’ils croyaient destinés à d’autres iles des Chagos, mais il n’en fut rien : le bateau prit la direction de Maurice et les y déposa sans autre forme de procès. Dans l’année qui suivi leur débarquement à Maurice, près de 40 personnes moururent de tristesse, de faim, et de maladie. Déshumanisés, méprisés, sacrifiés sur l’autel de la géopolitique et de la diplomatie des puissances, les chagossiens ont perdu leurs métiers, leurs habitations, leur pays, leur manière de vivre, en deux mots : leurs vie. Ces iliens amoureux de leur nature qui n’avaient jamais connu la misère, s’entassent désormais dans les quartiers les plus pauvres, bidonvilles et autres habitations insalubres des alentours de Port Louis.

© CRG - Bidonville Port Louis

© CRG – Bidonville Port Louis

© CRG - Bidonville Port Louis

© CRG – Bidonville Port Louis

© CRG - Bidonville Port Louis

© CRG – Bidonville Port Louis

© CRG - Bidonville Port Louis

© CRG – Bidonville Port Louis

© CRG - Bidonville Port Louis

© CRG – Bidonville Port Louis

© CRG - Bidonville Port Louis

© CRG – Bidonville Port Louis

LE COMBAT.

Depuis, les Chagossiens n’ont de cesse de se battre contre le gouvernement britannique pour faire valoir leurs droits les plus élémentaires.

Il a d’abord fallu se battre pour faire reconnaître leur statut de natifs et d’habitants déportés de ces îles. Combat qu’ils ont gagné après 30 ans de lutte.

Parallèlement, il leur fallait se battre pour obtenir dédommagement dus aux insoutenables conditions dans lesquelles cette déportation forcée les a condamné à vivre et pouvoir retrouver une dignité de vivre volée. Combat qu’ils ont âprement mené dès leur débarquement à Port Louis.

Une fois leur légitimité reconnue, et donc, dans la même logique, une fois reconnu leur droit de retour sur ces iles, l’Angleterre, toujours dans un cadre diplomatique avec les Etats Unis, leur a retiré ce droit par une ordonnance spéciale de la Reine, qui fut aussitôt dénoncée et annulée. La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) de son coté, a déclaré irrecevable la requête d’habitants des îles Chagos qui dénonçaient leur expulsion, sous prétexte que l’Angleterre avait depuis indemnisé ces derniers. L’ONG Minority Right Group International a condamné la conclusion de la cour Européenne des Droits de l’Homme et le traitement fait aux chagossiens.

Dans la foulée de l’annulation de l’ordonnance de la Reine, l’Angleterre annonça qu’elle ne pouvait pas permettre le repeuplement des îles pour des raisons écologiques : une étude commandée par le gouvernement à l’appuis. En réalité, la fuite d’une note provenant du « foreign office » anglais indiquera que le retour des chagossiens sur leurs iles ne serait « pas pratique et incompatible avec les installations actuelles de défense », tout en précisant que la gestion de ce territoire était avant tout soumise aux engagements des anglais vis à vis des américains et aux questions de stratégies militaires et diplomatiques.

L’AMP.

Alors que les chagossiens attendaient le jugement de la CEDH, l’Angleterre annonça que les iles des Chagos seraient désormais protégées par le plus grand parc marin du monde, exceptant, bien sur, l’ile de Diego Garcia où se situent les installations militaires, ayant par ailleurs causé d’irréparables dommages à l’ile et à ses lagons.

L’annonce de la création de cette grande réserve marine fit le bonheur de beaucoup d’ONG écologistes et trouva leur soutien inconditionnel dans certain cas. En effet, lorsque l’on lit les discours établis par PEW (campagne 2009), par exemple, ou les comptes rendus des missions scientifiques envoyées par l’IUCN (2006), on apprend que ces iles sont une aubaine pour la préservation d’une biodiversité unique. Des iles fragiles, menacées par le réchauffement climatiques et la pêche illégale, qu’il convenait de préserver en tant que berceau de la biodiversité de l’Océan Indien, profitant ainsi au reste de la zone.

QUE PROTÈGE VRAIMENT CE PARC MARIN ?

Peu s’indignèrent de la menace écologique qui venait de l’intérieur des iles : celle que constitue la base militaire. On a dit aux chagossiens que le repeuplement était impossible à cause du risque de montée des eaux, mais on ne dit rien quant à la destruction de la barrière récifale qui protège naturellement toute ile de la même montée des eaux (qui plus est hypothétique). Investit-on des milliards de dollars d’installations sur une île sujette à la submersion ?? Le récif fut défoncé pour la piste d’aéroport faite de coraux et pour le passage des sous-marins. On invoque des raisons d’ordre sanitaires pour empêcher les chagossiens de retrouver leurs maisons, mais pas un mot sur le stockage des déchets de l’armée qu’on imagine largement toxiques. On parle de la menace que représente la pêche de quelques autochtones, mais on ne dit rien des espèces invasives ramenées par les nombreux va et vient des bateaux et des avions militaires. On ne parle que très peu des essais acoustiques sous-marins menés par les militaires et nocifs pour les cétacés dans la zone.

On ne dit rien non plus des nombreux plaisanciers qui viennent se distraire dans la zone des iles : chasse sous-marine menée en amateur par des gens ne connaissant rien à ces lagons, barbecues sur la plage et soirées, que du bonheur pour la faune locale.

Mais passons sur tous ces « détails » et revenons à notre plus belle réserve marine du monde.

Avant le parc marin : la consultation.

Le gouvernement lança une consultation préalable à la création du Parc Marin. Des ONG, Fondations, scientifiques furent consultés. Mais pas les chagossiens de Maurice. Seuls quelques uns désormais installés en Angleterre s’exprimèrent sur le sujet.

Voici ce que dit le rapport de la consultation quant aux Chagossiens :

Document intégral en fin d’article

– Tout d’abord, lors de la mise en contexte de la création de l’AMP, on persista à désigner les chagossiens comme non-natifs, et comme simples travailleurs simplement transférés lors de l’arrêt des plantations de coprah : « Suite à la décision plaçant les îles dans le BIOT pour les besoins de la défense, (..) Des dispositions furent prises pour les islois (employés des plantations de coprah) pour qu’ils soient transférés à l’île Maurice et aux Seychelles. »

– Ensuite il y est indiqué que l’AMP est créée dans le cadre d’un territoire inhabité. Même si elle « suivra l’évolution des procédures en cours menées par les chagossiens souhaitant retourner chez eux », elle sen dissocie, ce qui signifie qu’elle n’en tient aucunement compte.

– Il y est dit que des chagossiens s’inquiètent de la création de l’AMP, car leur interdire la pêche revient à les couper de leur principale source de protéine produite localement. Cela empêche de facto d’émettre un avis positif à leur retour dans les îles.

– Il est dit que les chagossiens ne se sont pas considérés consultés ou écoutés lors de la consultation. Leur point de vue a été ignoré. Selon eux, la création d’une AMP aux Chagos est indissociable des questions autours de leur réinstallation dans les iles. Nombreux sont ceux ayant estimé que les droits de la vie marine ont été prioritaires sur leurs propres droits fondamentaux, alors que les deux devraient aller de paire.

En revanche, il est suggéré par les représentants du gouvernement anglais que la zone relative à la base militaire américaine de Diego Garcia soit exemptée des restrictions environnementales imposées au reste des Chagos afin de « ne pas avoir d’impact sur la capacité opérationnelle de la base militaire ».
=> Cela vous surprend ?

Et pourtant…

Regardons maintenant les positionnements des organisations environnementales consultées à l’occasion du projet de création de l’AMP.

Les positions de PEW.

PEW soutenait positivement et intégralement la proposition d’AMP à travers la fameuse Global Ocean Legacy, qui regroupe les Fondations Lyda Hill, the Oak Foundation, The Pew Charitable Trusts, the Robertson Foundation and the Sandler Foundation.
Lors de l’annonce de la création du parc marin, PEW réagi en ces termes : « l’initiative du gouvernement anglais est une victoire historique pour la conservation du milieu marin ».
Concernant la prise en compte des droits chagossiens, je n’ai pas retrouvé l’article de PEW en faisant état (je suis preneuse), mais j’ai en revanche la réaction du Chagos Refugee Group qui accuse PEW d’avoir véhiculé certains mensonges ICI : http://www.chagossupport.org.uk/pew-environmental-group-repeats-untruths-in-support-of-mpa-1687

Les positions de l’IUCN

Plus complètes, vous trouverez en bas de cet article les documents en question.
Voir aussi ICI.

Extrait de la réaction aux sollicitation mauriciennes suite à la consultation préalable au parc marin : « L’appui de l’UICN à la protection du milieu marin de l’archipel des Chagos n’est pas destiné à et ne signifie pas la prise, l’approbation ou l’acceptation de la part de l’UICN de n’importe quelle position sur le différend entre le Royaume-Uni et Maurice concernant la souveraineté sur les Chagos. Avant toute prise de décision concernant le statut des aires protégées, l’UICN s’attend à ce que toutes les parties concernées, y compris les anciens habitants des Chagos, soient dûment consultés et leurs opinions dûment prises en considération. »

Mars 2010 : communiqué confirmant la position de l’IUCN

« L’établissement d’une aire marine protégée est-il incompatible avec la reconnaissance des droits des Chagossiens ?

Non.
– L’UICN soutient pleinement la reconnaissance des droits des Chagossiens, mais ces droits s’appliquent à leur domaine d’usage traditionnel du milieu, pas de l’archipel dans son ensemble. En outre, les droits d’usages traditionnels ne sont pas incompatibles avec les aires protégées même dans les cas de protections les plus strictes. En vertu de l’occupation et de l’usage des terres et des ressources de l’archipel depuis six générations, la communauté des Chagossiens a acquis des droits coutumiers sur ces terres et ces ressources, dans une zone qui est aujourd’hui difficile à évaluer, mais qui représente une très petite partie des terres côtières et des zones de pêcheries côtières.

Les droits d’occupation et d’usage traditionnel des Chagossiens doivent être respectés, et sur cette base ils devraient avoir des options de protection incluant le retour à leurs terres pour ceux qui le souhaitent. Cela n’aurait pas d’ effet sur l’ensemble de ​​l’archipel, dont la superficie d’environ 540 000 kilomètres carrés peut et doit être pleinement protégés.

(…) Bien que l’archipel des Chagos reste protégé des activités extractives, cette restriction ne doit pas priver la communauté des Chagossiens de l’usage des ressources naturelles pour leur survie, leur culture, ou à des fins religieuses. »
=> jusque là, tout va bien dans le meilleur des mondes. Ça se complique avec ce qui suit :

« Indépendamment de possibles évolutions futures en ce qui concerne le règlement des différends sur la souveraineté et les droits des Chagossiens, une mesure visant à protéger l’ensemble de la région sera bénéfique pour tous les intervenants dans les conditions actuelles et se prêtera à des ajustement futurs, conformément aux résultats de ces évolutions. »
=> Comment comprendre ceci ? Et bien c’est mot pour mot le rapport de la consultation, le même qui n’a pas intégré les chagossiens du Chagos Refugee Group à ses processus consultatifs. L’IUCN espère que les chagossiens ont été consultés, mais sait pertinemment qu’il n’en est rien.

Un Parc marin comme outil diplomatique plus qu’écologique ?

Toutes les organisations pré-citées ont soutenu jusqu’au bout la création du parc marin le plus grand au monde tandis qu’elles savaient, comme toutes les parties prenantes du dossier, que des notes internes révélées par Wikileaks dénonçaient le caractère mensonger de cette AMP, destinée avant tout à régler une bonne fois pour toute le dossier chagossien en créant un outil les empêchant de retourner chez eux.

Ainsi, Colin Roberts, Commonwealth Office Director, avait confié aux américains qu’ « en vérité, la création du parc marin vise à obtenir la certitude que les gens des chagos ne retourneront jamais chez eux… ». ce projet, dit-il, « est destiné à mettre fin aux revendications des anciens habitants de l’archipel qui veulent y retourner ».

L’ONG SPEAK a d’ailleurs intenté un procès contre l’administration américaine pour rendre public et accessible un câble diplomatique concernant l’archipel des Chagos. Le procès a été instruit le 17 octobre 2013 par UNROW Human Rights Impact Litigation Clinic. Si les représentants de l’ONG parviennent à faire rendre public ce câble, ils seront alors en mesure de démontrer que la zone marine est un subterfuge.  http://www.lexpress.mu/article/chagos-long-speak-poursuit-ladministration-us

Pour terminer sur les points qui fachent : lorsque l’on s’enorgueilli d’avoir créé la plus grande AMP du monde, on assume les moyens nécessaires à sa protection par la suite. Et cela ne semble pas être le cas. L’IUCN a d’ailleurs fait état des impacts de la base militaire sur l’environnement marin des Chagos dans un document ci-dessous. Par plus tard qu’en 2012, le Rainbow Warrior de l’ONG Greenpeace, par ailleurs en soutien du Parc marin en 2010, dénonçait et documentait les activités régulières et non-contrôlées de pêches illégales au thon et au requin dans les eaux chagossiennes. Rappelons que l’interdiction des activités extractives (pêche) est celle sur laquelle l’ensemble des parties prenantes communiqua le plus, avec beaucoup d’enthousiasme. Selon les dires du CRG, ces activités ne sont absolument pas contrôlées, la vedette censée veiller sur les zones protégées restant aux alentours de Diego Garcia.

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Objectifs écologiques et respect des droits humains ?

L’avis favorable (et justifié) que donnent les organisations environnementales à la création de l’AMP des Chagos s’inscrit dans le cadre de leurs compétences et ne peut leur être reproché.

Mais qu’en est-il de la prise en compte des droits les plus fondamentaux que les chagossiens peinent à faire valoir ? Les organisations de protection de la nature doivent-elle se dédouaner sous couvert de leur prérogatives écologiques de toute responsabilité lors d’atteintes portée à ces droits ? Ne doivent-elle pas traiter du développement durable et de ses notions de respect des droits humains fondamentaux en tous types de circonstances ? Tout ceci n’enlève pourtant rien au caractère pleinement justifié écologiquement et scientifiquement de la création de cette zone protégée. Si le facteur humain soulève autant de malaises dans le cas présent, c’est peut-être que son existence ne tient qu’à un fil.
Ce parc marin existerait-il si l’armée américaine n’avait pas d’utilité à ce terrain ?
Et si les chagossiens ne demandaient pas le droit de retour sur leur terre natale ?
Je pense que beaucoup des organisations soutenant le parc marin ont la réponse à ces questions. Personnellement je ne prétends pas la détenir, mais je reste très dubitative.

Que cela apparaisse ou non dans leurs statuts, en tant que parties prenantes consultées, les organisations environnementales sont elles aussi tributaires d’une forme de responsabilité qui n’est pas des moindres. Nier cette responsabilité dans les processus décisionnels en connaissance de cause représente une manière assez odieuse de contribuer, dans le cas présent, à un processus anti-démocratique et inhumain.

La situation des Chagos soulève beaucoup de questions compliquées, et en tant que convaincue de l’écologie, je reste catégorique : les droits de l’homme doivent passer avant toute autre considération. Ne laissons pas l’écologie devenir le nouveau drapeau derrière lequel l’on peut tout justifier. Ces droits, structurant de nos sociétés et de l’avenir, sont parties prenantes de toute initiative humaine et écologique digne de ce nom. Soutenir ce parc marin en l’état actuel des choses semble revenir à soutenir un outil servant des intérêts stratégiques et militaires, aux dépends d’une population dont la situation précaire ne peut pas être passée sous silence sans que cela ne s’apparente à de la censure, de la mauvaise foi, ou un délit de non-assistance au respect des droits de l’Homme.

Ainsi, je rejoins Olivier Bancoult et les chagossiens dont il se fait la voix lorsqu’il dit qu’ils soutiennent le Parc Marin, à condition que les droits des chagossiens soient pris en compte.
Je rajouterais que la cohabitation entre sociétés et réserves marines et le respect des droits des sociétés est au cœur des discours de bien des organisations environnementales : laissons ces discours atteindre la réalité des faits pour les Chagos. Et pour les autres.

Je finirais sur une question « simple ».

Écologiquement l’idée est excellente : il lui manque juste un rouage essentiel pour qu’elle fonctionne…
Qui, sinon les habitants des Chagos, qui, sinon les chagossiens, sont le plus à même de protéger une terre qu’ils chérissent et qu’ils connaissent ?

Si demain le gouvernement britannique décide de placer l’ensemble des iles sous le signe des tests militaires que nous connaissons bien (essais nucléaires par exemple), pour des raisons de sécurité, de stratégie, ou d’ententes avec les américains : que pourrons nous faire pour sauver les crabes cocotiers, les requins, les tortues, et les oiseaux marins de ce paradis perdu ? Nous les écologistes, feront nous des origamis, des pétitions, des lettres aux gouvernements ? Pensons nous vraiment peser plus lourd que les intérêts militaires de deux grandes puissances ?
La seule garantie que ce territoire reste protégé de ce type d’ambitions est bel et bien qu’il soit habité par qui de droit, à savoir les chagossiens, que l’on a trop souvent traité comme le caillou dans la chaussure des projets guerriers. Leur présence sur place n’est pas incompatible avec « la plus grande réserve marine du monde ». Au contraire : elle est une condition à sa viabilité.

Le jour où les chagossiens pourront retourner sur leurs iles natales, le jour où ils seront sur place pour surveiller l’évolution et la protection du milieu chagossien, alors le milieu écologiste pourra porter un regard fier et comblé sur ce parc marin. En attendant, il a plutôt tendance à détourner les yeux de cette mascarade politique et stratégique dont l’écologie est un pion instrumentalisé depuis trop longtemps.

C’est pourquoi, j’espère que de nombreux représentants d’organisations environnementales françaises, pour l’instant relativement silencieuses, rejoindront les cotés des chagossiens pour le soutien du Parc marin, avec eux dedans.

En juin dernier, le tribunal a rejeté la plainte des chagossiens contre le Parc Marin. Ces derniers font appel cette année, en 2014. Si vous souhaitez les aider, parlez de leur histoire !
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Informations complémentaires :

The Chagos Environment Network : The Chagos Conservation Trust, The Linnean Society of London, The Marine Conservation Society, The Pew Environment Group, The Royal Botanic Gardens Kew, The Royal Society, The Royal Society for the Protection of Birds, The Zoological Society of London, and Professor Charles Sheppard of Warwick University.

Rapport sur la consultation préalable au parc marin.

Chagos_The Consultation Report

Document PEW

Chagos_Park_Fact_Sheet

Documents relatifs aux positions de l’UICN :

comments_on_iucn_qa_feb__2010_psand

chagos_and_mpas_questions__answers__2__1

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Une réflexion sur “Parc Marin des Chagos et droits humains.

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